Histoire de l'étiquette de vin

L’histoire des étiquettes de vins est mouvementée. Informatives, parfois avant-gardistes, ou même politiques, elles habillent les bouteilles depuis 200 ans . Dans l’Antiquité on identifiait les vins conservés dans des amphores par des inscriptions (trait au pinceau, noir ou rouge, apposition d’un sceau).

Sans doute peut-on imaginer que les premières « étiquettes » étaient manuscrites et plutôt d’usage domestique. Mais, à ce jour, rien ne le prouve ni ne l’infirme. Il n’existe pas d’étiquettes de vin imprimée datant du 18ième siècle, ou tout au moins aucune ne figure dans les collections répertoriées. Si, quelques-unes, datées de 1798 et exposées au Musée du Vin à Beaune, et à Pauillac, de même la Commanderie du Bontemps et du Médoc possède des bouteilles étiquetées de 1800. Ce sont des étiquettes qui comportent le nom du vin, le millésime lui, reste encore manuscrit.

En fait les étiquettes apparaîtront lorsque les bouteilles se développeront et avec l’invention de la lithographie qui date sans doute de 1798.

On recense des étiquettes de 1741 et 1743 cher Moët et Chandon, de 1811 pour une cuvée Dom Pérignon.
Donc 1800 semble constituer un tournant dans l’histoire de l’étiquette.
Progressivement apparaîtront des étiquettes passe-partout, plus compliquées et surtout illustrées.
Les étiquettes sont un excellent reflet de la société et de l’art de chaque époque : étiquettes Napoléon III, l’Art-Déco de l’époque 1900, le style Art nouveau, vingt ans plus tard.

En 1924 petite révolution dans les crus bordelais où le Baron Philippe de Rothschild instaura la mise en bouteille au Château (auparavant les vins étaient vendus en barrique au négoce qui prenait en charge le vieillissement , la mise en bouteille, l’étiquetage et la commercialisation).Il donna à l’étiquette un rôle qu’elle n’avait jamais eu : elle devenait à la fois certificat d’origine, garantie de qualité et signature du cru. Il fit dessiner cette étiquette 1924 par Jean Carlu. Elle a fait date dans l’histoire du cubisme.

A partir de là tout s’accélère et l’étiquette reçoit ses lettres de noblesse. Bien entendu bon et mauvais goût cohabitent, car l’idée que se fait chaque vigneron de son étiquette est multiple. Il faut aussi ajouter que là-dessus s’est greffée une réglementation stricte.

Actuellement les comités des fêtes, les associations , les partis politiques personnalisent ainsi des bouteilles, ce qui leur permet d’alimenter leurs caisses ou de célébrer des évènements . Certaines sociétés de vente par correspondance vendent – cher - de petit vins dont l’étiquette »personnalisée » indique « Cuvée réservée » suivi du nom du client désireux d’épater ses amis, ou permettant à deux tourtereaux de conserver un souvenir ému de leurs noces !
Des excès de jadis où, comme dit joliment Georges Renoy (1) « la fantaisie tutoyait la tromperie », à ceux de l’administration américaine d’aujourd’hui, nos étiquettes vont-elles se transformer en rapports d’analyse chimique ? Certes, elles doivent être informatives, mais gardons-leur cette allure d’habit du vin qu’elles possèdent encore !


(1) Auteur de « Les étiquettes de vin »


Georges KAH – président de l’A.N.O.